Tu es le premier homme de ma vie.

Comme beaucoup de petites filles tu es mon premier amour.
Souvent le nouveau né se perd dans le regard de sa mère.
Elle, tu l’avais effacé.
Par tes cris et ta violence la femme s’était évaporée.
Comme tout ce qui faisait d’elle une personne.
Il n’y avait que toi.
Ta voix qui gronde.
Tes humeurs qui menacent.
Tes décisions qui affaiblissent.
Embryon dans son ventre déjà je sentais ton règne angoissant.
La servitude régentait le quotidien de ta femme.
Foetus je grandissais en m’imprégnant des battements de ton coeur qui s’accéléraient lors des sentences et des réprimandes.
Chacun de mes membres s’est formé avec l’empreinte de la peur dans le sang.
Tu l’as choisi femme enfant pour assoir ton pouvoir sur elle.
Tu allais t’assurer de forger cette famille que petit on t’avait volé.
Tu agissais comme un enfant tyrannique et te comportais avec nous comme si nous étions tes jouets.
Pas une âme ne pourrait nous dérober.
Sous tes contraintes et tes contradictions l’image de ton foyer n’était jamais assez impeccable.
Le désordre était pour toi inconcevable.
Ton autorité était suprême.
La perte de contrôle te renvoyait à tes douloureuses peurs.
La férocité de tes caprices, quand ta femme manquait aux règles, piétinait ce qui lui restait d’amour propre.
Il y avait des règles que tu étais le seul à connaitre et à comprendre.
C’était ton jeu et tes méthodes.
Après les coups,les larmes et les chagrins coupables tout redevenait en ordre.
Le chaos nous paralysait.

Voila l’image du premier amour qui est venu s’incruster dans mes petites pupilles d’enfant sidéré.
Dans tes yeux je passais de l’état de trésor à celui d’objet de mal être.
Dans mes jeux comme dans mes mots je m’appliquais à être comme tu le désirais pour mériter apercevoir une lueur dans ton regard. Là serait mon bonheur. Te sentir apaisé et heureux, je m’en suis sentie responsable. Moi seule en aurait la faculté.

Après du multiples essais et de menaces proférés ma mère a enfin trouvé la sortie de ce terrible labyrinthe.
Les bleus avaient fait naître en elle une femme courageuse.
Tu l’avais forgée à exister dans le combat.
Elle avait pris le dessus pour refuser cette réalité comme la sienne.
A terre elle s’était relevée avec la force d’une lionne. Tu avais fait d’elle une guerrière.
Elle mettra d’ailleurs des années à desserrer les poings.
Elles s’étaient sauvées loin de tes idéaux de famille parfaite.
Deux créatures héroïques aux coeurs tuméfiés.
Comment leurs permettre à nouveaux de battre normalement?
Ils cognaient dans leurs poitrines ignorant la différence entre les blessures, les émotions et l’amour.
Fuyant les hommes par peur de leur violence, nous avancions à l’unisson avec la ferveur des survivants.
Une fois grande je chercherais inlassablement à soigner leurs blessures . Comment cette enfant a t’elle put chérir ce père?
J’ai caché ses sentiments culpabilisant pour lui sans jamais les effacer.

Ceux que nous aimons nous laisse t’il toujours l’empreinte de leurs cicatrices?

Une fois ton royaume perdu, déchu de ton règne tu as fait la guerre à cette femme.
Tu as déployé toute ta rage et ta laideur à saccager chaque chose qu’elle reconstituait en enfonçant des portes et brisant le moindre mirage d’un foyer. Ta rage était attisé par ton échec béant.
Après chacune de tes crises , forte de son combat ,avec sa triste mine, elle recommençait inlassablement elle reparait tes dégâts. Elle s’accroché a tout ce qui pouvait mettre de la lumière dans notre vie. Elle déplorait l’enfance ravageais que tu me faisais vivre. Tu anéantissait toutes part de joie que notre liberté aurait pu nous apporter. Tu volais le temps qu’elle aurait du avoir pour m’aimer comme elle l’aurait voulu car était trop occupée a me protéger. Tu nous traquais jusqu’a dans nos cauchemars.

Une fois ton acharnement d’oppresseur ébranlé tu avais tout perdu. La rue était le fond où tu avais atterri. Il ne te restait plus qu’a faire silence en ravalant ton chagrin et tes sermons.
Tel un fanatique tu avais sacrifié ta vie par la folie de tes tourments.
Ces épreuves t’avaient déchu et tu n’avais plus de direction à prendre.
Tu étais seul.Tu étais vide.
Une seule chose vacillait dans le néant.
Quelque part dans les mutilations de ton passé tu gardais un souvenir.
Au milieu de la noirceur restait une lueur d’espoir: la foi.
C’est cela que ton enfant tenait dans les mains quand ton rire venait lui chatouiller les oreilles.
Dans toute cette obscurité ce petit être avait vu une faible flamme vacillante.
Elle savait que cela ne tenait pas à grand choses. Il fallait être prudente et cajoler ce papa qui avait oublié de croire en l’amour de peur que cela ne lui échappe.
Elle ne le sais pas encore mais bien plus tard tout sembleras être arrivé a quelqu’un d’autre.

Il t’a fallu tout anéantir pour laisser venir la clarté.
Au milieu de cet océan tu as trouvé un guide vers ta spiritualité.
Avec tes dernières force tu as saisi cette bouée jetée à la mer.
Evidement tu as tout fait pour qu’on te donne un droit de garde sur ta descendance. Alors pendant des années pendant quelques vacances. Tu faisais de ton mieux pour être un papa mais la mâchoire serré de l’ogre n’était jamais loin.Ton esprit étais malade.
Tu t’es débattu plusieurs fois pour ne pas reprendre le contrôle de toute cette mascarade.
Tu t’accrochais à ton flambeau au milieu de toutes tes hallucinations.
Défaite après défaite, obsession après obsession, année après année sans relâche tu as suivi cette foi qui t’apaisait.
Tu es vieux maintenant.Tu regarde ta vie. L’enfant est devenue femme et t’accompagne vers les dernières marches de ta vie.
J’ai fait la paix avec ce passée et de ce cadeau je t’honore. Toi qui n’est presque plus là te voila riche de tout l’amour possible.
Quand on s’abandonne à la vie elle nous fait comme plus beau cadeau l’unique vision qui importe: une confiance aveugle mais total en l’amour.

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